Ce livre est dédié à Georges Lucas et à Pierre Bordage, le premier pour m’avoir emporté dans les étoiles ; le second pour ses livres qui m’ont entrainé dans de folles aventures.
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Le temple noir
Le jeune garçon avançait lentement, il connaissait pourtant le chemin depuis le temps qu’il l’empruntait mais la pluie le ralentissait. Elle était dense, brutale. Les grosses gouttes, presque grasses venaient s’écraser avec violence sur une piste devenue glissante. Le chemin qu’il suivait n’était qu’un mince bandeau d’une terre noire qui évitait les grands arbres aux lianes carnivores qui s’ouvraient lorsqu’il s’en approchait de trop près. Les griffes végétales qui s’en échappaient cherchaient à le happer mais il avait l’habitude et ses coups de machette tranchaient nettes toutes tentatives. Ces lianes le protégeaient des prédateurs de Katogha sa planète. Jamais les Obos, les grands félins aux dents acérées et mêmes les grands serpents ne s’aventuraient pas ici. Une fois il avait même vu un de ces animaux se faire littéralement avaler puis digérer des heures entières sans que les cris de la bête n’arrêtent cet estomac végétal qui continuait de le dissoudre tranquillement.
Lui ne craignait rien : il avait sa machette et sa connaissance du terrain mais cela aurait été insuffisant s’il ne s’était pas généreusement enduit le corps d’une épaisse couche d’une matière visqueuse, gluante à souhait, confectionnée par son grand-père qui le rendait si poisseux que les lianes, si elles venaient à l’agripper, seraient incapables de le retenir, sans compter une odeur insupportable qui faisaient fuir tout ce qui était vivant , humain, animal ou végétal : ce n’était vraiment pas le moment de croiser Tiaré la jeune fille dont il était secrètement amoureux ! Il était tranquille et profitait comme l’enfant qu’il était encore un peu de sa petite expédition. Une fois sorti de la forêt il s’attaqua alors au plateau caillouteux : une roche grise aux reflets métalliques que la pluie rendait dangereuse et lavait son corps de sa potion gluante et là, il se retrouva seul, bien visible : c’est pourquoi il arma la petite batterie qu’il avait trouvé sur la carcasse d’un vaisseau échoué non loin d’ici et qui devait dater d’une autre époque tant il était délabré. Il l’avait fouillé de fond en comble et en avait récupéré tout ce qui pouvait lui être utile : vêtements, appareils de toutes sortes dont il ne savait pas se servir mais il avait trouvé dans un coffret métallique cette petite batterie portative qui fonctionnait avec des panneaux solaires encore en très bon état. La technologie était ancienne mais facile à utiliser. Elle était bien utile pour faire fonctionner son autre trésor, un blaster qu’il fallait recharger longtemps mais qui trouait la peau de n’importe quoi. Avec, il se sentait en sécurité. Pourtant il continuait à avancer avec prudence observant si derrière un rocher un Obo ne l’attendait pas pour en faire son diner. Visiblement la pluie avait découragé le moindre être vivant aujourd’hui : il était bien le seul, à se trouver trempé comme une soupe. Il arriva enfin au temple, du moins ce qui en restait. Il avait devant lui de vieilles pierres en forme de cercle entourant une dalle que le temps avait recouverte de feuilles mais lorsque les rayons du soleil de Katogha se frayaient un chemin à travers la canopée elle brillait comme si elle était neuve. Tout autour du cercle, des entrées défoncées, des souterrains dont il avait exploré les plus solides ne s’aventurant que sur quelques mètres mais beaucoup de ces gueules ouvertes sur un monde inconnu ne l’avaient pas encouragé à poursuivre ses recherches. Pourtant Mahé était curieux, l’un des jeunes du clan à oser s’aventurer seul à la grande fureur de ses parents.